"Poussé par cette rage dont toi seul as le secret"
Paris Olympia, le 31 mai 2006

Tu cries "Vive la vie !" en me quittant, et entouré par tes musiciens, tu te réfugies dans les coulisses, le souffle court et la voix éteinte, mais l'oeil amusé et le coeur comblé.

Le concert est enfin terminé et pourtant je continue à trembler d'épuisement, de soulagement, d'émotion, de bonheur. Pour être honnête, la toute petite voix de la raison me harcèle encore, mais mon coeur lui bondit de joie !

Ce soir, poussé par cette rage dont toi seul as le secret, tu as réussi à gommer mes angoisses et à pulvériser mes doutes, tu m'as assommé de contradictions, tu m'as vidé de mon énergie, tu m'as ranimé à coup de décibels, tu m'as chamboulé le coeur d'émotions, et finalement tu as illuminé mon ciel d'étoiles.

Quand tu as entamé les premières notes de la première chanson, je n'osais pas croire au miracle, je me disais que ta voix ne tiendrait pas, que tu exigeais trop de toi même, que tu allais trop loin, que tu donnais trop...

Et pourtant tu l'as fait ! Ce pari fou tu l'as gagné, seul, avec ta hargne, avec ta rage, avec tes tripes. Tu as puisé au plus profond de toi la force d'aller au bout de ce rêve, de ton rêve. Humblement tu as dit merci aux musiciens, au public, à tes anges, à ta famille. Tu leur as fait croire que c'est un peu grâce à eux que tu as réussi.

Mais moi qui vis sur scène avec toi depuis plusieurs mois, moi qui connais par cœur ta fragilité illusoire, ta détermination obstinée, ta volonté féroce, ta rage monstrueuse et ta générosité exceptionnelle, je sais que ce soir c'est toi et toi seul qui a mené la danse.

C'est toi seul qui as su doser l'envolée de tes notes. C'est toi seul qui as su calmer les élans de ce corps fatigué. C'est toi seul qui as accepté, la mort dans l'âme, de laisser dans les coulisses quelques partitions impossibles. C'est toi seul qui as déversé sur eux, ce torrent d'émotion et de tendresse qui te submerge quand tu te sens en danger.

Qu'est ce que tu dis ? Tu n'as rien fait d'autre que ton métier d'artiste ? Bien sûr... Et tu penses que je vais te croire ?

Mémoires d'un micro
Paris, le 31 mai 2006.


Joëlle, le 05 juin 2006